Rechercher — 02 Trouble de l’observation
Rapport de stage, GHU pôle CMME — 2025

"Mais t'es pas designer, toi ? Qu'est-ce que tu vas faire dans un hôpital psychiatrique ?" C'est la réaction qu'ont eue la plupart de mes proches lorsque j'évoquais ce stage. J'ai été appelé initialement pour concevoir du mobilier, mais j'ai très vite compris que l'enjeu n'était pas là. En intégrant le pôle CMME du GHU de Paris, j'ai découvert un environnement structuré autour de patient·e·s souffrant·e·s de TCA, de troubles liés à la suicidologie et à l'addictologie. Un milieu dans lequel le design est à la fois invisible et omniprésent. Absent des discours, mais présent dans de nombreux objets, espaces et interactions. J'ai fait le choix de ne pas convoquer d'autres regards de designers dans cette découverte du milieu. Je voulais entrer dans ce terrain par la compréhension des usagers avant tout bien que le design soit présent à travers la structure du lab-ah que j’ai choisi de contacter après cette étape seulement.

De cette pleine immersion, j'ai pris conscience de l'impact que mon observation extérieure pouvait avoir sur un milieu, mais aussi de comment certains biais peuvent apparaître. J'ai alors orienté ma recherche autour du questionnement suivant :

Dans quelle mesure le designer peut-il faire de son impact sur le terrain une ressource plutôt qu'un biais ?

En effet, chaque acte ou présence agit, même silencieusement et ce constat m'a vite habité. Comprendre cela n'est pas un obstacle à contourner, mais une donnée à intégrer à l'observation. L'objectif n'était pas d'éradiquer chacun des biais — bien que réduire leur impact soit considérablement bénéfique — mais il est devenu plus réflexif. L'objectif s'est alors transformé : comprendre comment concevoir, en tant que designer, une observation complète et pertinente en s'adaptant pleinement au contexte. Pour cela, j'ai manœuvré autour de différents mouvements d'observation.

Mon rapport s'organise autour de trois mouvements. Je pars d'abord de la nécessité de prendre conscience d'un minimum contextuel.  Celui du service avec ses codes, ses rythmes, ses habitudes mais de trouver la juste limite pour ne pas venir avec des aprioris mais de ne pas avoir non plus l’impression de tout connaître. J'analyse ensuite l'effet qu'à l'observation et ses formes. Je différencie l'observation distanciée, l'observation intégrée et l'observation participante. Je prend en compte les degrés d'implication avec le milieu, en étudiant les effets qu'ils ont sur les résultats. Comment le degré d'implication du designer modifie ce qu'il perçoit, ce qu'on lui dit, ce qu'on lui cache. Enfin, je construis un parcours d'observation à partir de ces constats. Je pense aux outils mobilisés, aux repères, aux choix de distance.

Ce travail m'a principalement permis de clarifier une pensée souvent reléguée au second plan ou perçue comme intuitive. J'ai redéfini l'importance de préparer son analyse de terrain en prenant en compte l'impact qu'on va avoir sur celui-ci. Théoriser une pratique perçue comme intuitive permet de mieux appréhender le milieu observé et d'obtenir des résultats souvent plus pertinents pour se diriger vers une solution tout autant pertinente. Le dessein de cette observation peut alors lui aussi être perçu comme un objet de design — objet au sens matériel, mais aussi au sens d'élément mis au centre d'une réflexion approfondie. Ce milieu était très propice pour me rendre compte de ces éléments, mais je pars de ce constat pour affirmer une thèse personnelle sur mon propre travail: le dessein de l'observation est nécessaire à toute bonne réalisation de projet.