Faire 01 Sac de main
Projet de diplôme,  Conception d'un système de consommation alternatif à la fast fashion — 2024  

Dans un contexte de surconsommation massive, l'industrie de la mode, plus particulièrement la fast fashion, a répondu à une inégalité réelle : celle de l'accès à l'expression de soi par le vecteur de la mode. En proposant des objets à moindre coût qui respectent les codes esthétiques des tendances, elle a démocratisé cette expression. Nous en connaissons cependant la contrepartie : un bilan écologique désastreux, un renouvellement compulsif et un détachement progressif à l'objet. Ce projet ne cherche pas à ignorer cette réalité sociale, il s'y inscrit directement. Je m'adresse à ceux qui n'ont pas accès à d'autres formes d'expression que ces enseignes, et je propose non pas une alternative de plus, mais un système différent.

Ce système repose sur un concept complet de sac et non pas un énième modèle. Je propose ici deux formats monopatron selon la nature du matériau, souple ou rigide. L'assemblage repose sur des principes de pliage et de laçage, sans surplus de matière, sans assemblage complexe. Les matériaux sont uniquement issus de la récupération, que ce soit des chutes de cuir, de coton, de matières techniques ou d'objets non utilisés (tentes, parachutes…), chacun sourcé localement pour limiter le transport et créer une unicité régionale dans chaque pièce produite.

Mais le cœur du projet n'est pas l'objet, c'est le geste. Le sac est proposé à plat et c'est le client qui l'assemble. Ce choix ne part pas d'une contrainte mais d'une hypothèse centrale : participer à la fabrication de son objet, même partiellement, renoue un lien que la fast fashion a progressivement effacé. Ce n'est plus le sac qu'on achète, c'est le sac que l'on fait. Cette distinction, aussi simple qu'elle paraisse, change fondamentalement le rapport à l'objet et à son renouvellement.

Ce que ce projet affirme, c'est que produire décemment ne se limite pas à concevoir un objet plus sobre. C'est repenser le système en incluant un mode de consommation plus sobre. C'est à travers la matérialité, le territoire, le geste et le lien que l'ensemble est reconsidéré. L'objet n'est pas la réponse, il est le point d'entrée d'une reconsidération plus large de ce que signifie posséder, faire et s'attacher.