La recherche est souvent perçue comme un travail préalable en amont d'un projet. Dans ma vision du design, elle est un projet à part entière, qui exige autant d'intention et de rigueur que ce qu'elle est censée préparer. Je n'ai pas eu un moment précis où j'ai compris ça, car c'est en faisant que j'ai réalisé que je la pratiquais déjà, sous des formes que je ne nommais pas encore. La recherche, dans ma pratique, ne ressemble pas toujours à ce qu'on imagine. Elle prend la forme d'un terrain qu'on épuise, d'une observation qu'on conçoit, d'un système qu'on remonte jusqu'à ses mécanismes pour comprendre ce qui le fait tenir.
Ce qui m'intéresse dans la recherche, c'est qu'elle force à choisir. Choisir quoi regarder, à quelle échelle, avec quelle intention. Ce choix n'est jamais neutre et en dit déjà beaucoup sur ce que l'on pense être juste. Pour moi, l'essentiel de ce travail de recherche repose sur cette intention première de questionnement du "Que chercher ?".
Ce que j'ai aussi appris, c'est que la manière dont on cherche conditionne ce que l'on trouve. Observer un système de l'extérieur ne donne pas les mêmes résultats que d'y être présent ou d'en subir les contraintes. Cette présence agit sur ce qu'elle observe, c'est inévitable. Plutôt que de chercher à l'effacer, je pense qu'il est pertinent de tenter de la concevoir.
Les trois projets qui suivent explorent chacun une forme différente de cette conviction. Sur-Mesure explore un système bien ancré et en déduit les mécanismes. Trouble de l'observation retourne le regard sur la recherche elle-même et Prise d'empreintes en fait un objet de design concret.
Selon moi, ce sont trois manières de dire la même chose : avant de proposer, il faut comprendre. Et comprendre, ça se conçoit.