Pour moi, le "faire” n’est pas uniquement le chemin vers un aboutissement d'un processus de design. Dans ma vision, il est le moyen par lequel je pense, j'explore et je comprends. C'est en touchant la matière, en manœuvrant les savoir-faire, que peut me parvenir ce que je cherche à dire.
Ce qui m'intéresse dans le faire, c'est qu'il m'oblige à m'engager. Chaque objet conçu s'inscrit dans un système, que ce soit en le prolongeant ou en le contestant. Et ce que je cherche à titre personnel, c’est d'inscrire mes projets dans ce second sens : celui de la contestation, du détournement, de la bifurcation. Tenter de proposer une autre trajectoire depuis l'intérieur de ce qui dysfonctionne ou le repenser dans son entièreté.
Cette trajectoire est toujours ancrée dans un territoire, dans des savoir-faire situés, dans une matérialité qui répond à ce qu'on lui demande. Le faire, dans ma pratique, est profondément ancrée dans une démarche d’amélioration socio-environnementale. Localité, sobriété, attention au cycle entier d'un objet : ce sont des contraintes que je perçois comme des leviers vers le bon détournement.
Sac de main, Connecteur et Dérive explorent chacun une manière différente de faire bifurquer un système. Trois objets, trois contextes, trois façons d'engager la matière dans quelque chose qui dépasse l'objet lui-même.
Faire, pour moi, ce n'est pas uniquement produire un objet. C'est répondre à un système par un autre système, avec la matière comme langage.